Quand je croise une librairie sur le Chemin de Compostelle que je parcours avec mon mari et des amis depuis quelques années, je ne peux résister à la tentation de m’arrêter dans les librairies. J’alourdis mon sac et allège l’esprit et les pieds. Et surtout, je reviens avec des petits bonbons littéraires qui racontent mes pas chaque année. Visite à la librairie Le Pont Virgule prés du Pont d’Olt à Espalion dans le Lot pour de belles trouvailles dont “Une vie entière” de Timothée de Fombelle aux éditions Gallimard.

Cette Vie Entière qui tient en 77 pages nous met en présence de Claire, une résistante qui attend son Chef de réseau, cachée dans un appartement dans lequel elle tape courriers et documents divers pour la filière. Celui-ci n’arrive pas. La consigne est ferme : dans ce cas, il faut quitter les lieux le plus vite possible. Mais Claire reste et pour conjurer sa peur qu’advienne le pire, elle invente une Vie Entière sur sa machine à écrire, celle qu’elle aurait pu vivre avec son Chef de réseau dont elle est secrètement amoureuse. Une vie brossée à coups d’instantanés que l’on pourrait trouver pêle-mêle dans un album photos avec “tous ces miracles ordinaires d’un temps de paix” : un baiser au bord de la mer, des enfants qui jouent, des cartes de visite gardées dans les pages d’un livre, l’odeur des saucisses ou du chocolat, du beurre bien jaune, les fins d’été.

“La corbeille de pain. la porcelaine qui teinte. l’odeur du vin. Devant moi, ses mains sur la nappe, les boutons défaits de ses manches. je le regarde par en dessous sans lever la tête. Il écoute la conversation des voisins. il sent le savon blanc. On est bien”.

Un livre à l’écriture rythmée et sensuelle qui émeut, met en joie. Un livre surtout qui raconte combien la vie est frêle et précieuse. Un appel à vivre pleinement, intensément quelles que soient les circonstances extérieures.