De tout temps, de grandes plumes l’ont mis à l’honneur de Montaigne à Chateaubriand, Rousseau ou Madame de Sévigné en passant par Jane Austen, Rilke, Virginia Woolf et tant d’autres tout aussi talentueux…
Et aujourd’hui, dans les parcs, les transports en commun et aux terrasses de café, nombreux sont celles et ceux qui s’adonnent à la pratique du journal intime dans des carnets choisis avec soin quand ils ne sont pas faits maison ou sur leur smartphone pour plus de praticité.
L’écriture quotidienne pratiquée dans un carnet -diary en anglais, dérivé de dies en latin, le jour- consiste à déposer ses émotions, préoccupations, rêves et projets et permet de se délester de ce qui pèse dans nos vies en confiant à un “objet transitionnel” au sens où l’entend David Winnicott dans son livre éponyme, ces grains de sable dans nos rouages, ce qui a besoin de maturation, de discernement.
Certain.e.s accumulent tel Le Petit Poucet leurs carnets pendant des années pour tracer leur chemin tandis que d’autres les jettent ou les brûlent avec ou sans rite pour préserver leur intimité.
Au delà de cette fonction de dépôt, de catharsis, les diaristes, ces personnes qui pratiquent le journaling, marquent leur empreinte dans le temps et peuvent ainsi relire leurs écrits pour constater que leurs soucis se sont atténués voire ont disparu, que leur perception des événements évoluent au gré de leur humeurs et de leur croissance personnelle. Cette activité contribue à renforcer confiance en soi, image de soi et estime de soi.
L’exercice semble donc plutôt positif mais convient-il à toutes et tous ? Rien n’est moins sûr…
Chez les personnes dépressives et/ou celles qui cogitent et ruminent, sont “hypersensibles”, tenir son journal peut renforcer ces tendances. Si l’écriture pour soi permet de déposer, elle peut dans certains cas amplifier le mouvement intérieur, introspectif. On tourne en soi, on touille en soi et l’on grave la douleur d’une certaine manière. Les premières traces d’écriture ont été trouvées sur la pierre puis sur la peau (origine des parchemins). Ne dit-on pas que les écrits restent et que les paroles s’envolent ? Ecrire ses difficultés, ses échecs peut intensifier l’auto-critique.
Alors quelle type d’écriture préconiser pour ces profils ?
On favorisera l’écriture créative par le biais ou non du Journal créatif. Une écriture qui n’est plus une écriture de soi mais qui, en transcendant et non en travestissant le quotidien, devient mouvement vers l’extérieur. De l’écriture de soi vers l’écriture pour soi*. Une écriture qui se nourrit de l’expérience des cinq sens. En se frottant au quotidien, on exerce son regard, on affûte l’ouïe, on apprend à retrouver saveurs et sensations. Grand reporter du quotidien, on développe alors une écriture qui fait l’éloge de l’infiniment petit et donne de l’éclat aux jours.
On part de soi bien sûr mais pour écrire au delà de soi, redonner respiration et ampleur au vécu. Humour, profondeur, sensibilité et légèreté tissent avec des fils neufs un quotidien revisité par toutes sortes d’exercices ludiques à la portée de toute plume novice ou plus aguerrie. Par le plaisir que procure la créativité, on se réapproprie sa vie. C’est cette écriture créative libératrice et vivifiante que j’ai envie de partager et de faire découvrir car la pratiquant moi-même depuis tant d’années, je constate sa puissance thérapeutique sur les coups de blues, le sentiment d’illégitimité, la difficulté à faire des choix, l’anxiété, la perte de sens ou d’espoir, le manque d’audace ou encore les difficultés relationnelles. Et les effets sont décuplés quand le “remède” est associé à la lecture créative.
Et si nous prenions un moment en individuel ou en collectif pour partir en exploration, vous aider à créer votre journal créatif, votre écriture propre, celle qui vous apaise ou vous vivifie selon vos besoins et tous ces textes “baume” ou “alcool de menthe” ?