Il y a des mots baumes qui font du bien, qui font grandir et relèvent. Vous l’avez remarqué ? Et il y a des mots qui piquent. Et parmi les mots qui me piquent en ce moment, il y a empowerment. Personnellement, je ne cherche pas d’empowerment ou d’empouvoirment comme je l’ai aussi entendu, ni de performance -j’ai même entendu parler de performance durable… J’ajouterais même à cette liste un mot qui vient moins du monde du business que de celui de la psychologie puis des coachs, la résilience. Oui tout cela, ce sont des mots qui me piquent, qui m’étriquent.

Je ne veux pas d’empowerment ou d’empouvoirment car je n’ai pas besoin de toute puissance pour me sentir exister et c’est ce que j’entends dans ce mot. On me rétorquera « mais non, ce n’est pas ça ! c’est la faculté à aller chercher le max de toutes tes capacités pour y arriver ! ». Mais justement, je n’ai pas envie d’arriver ! Je ne cherche pas à « performer » -ouh, comme ça grince dans mes oreilles ! Parce que quand j’entends cette définition, je vois un arc tendu à bloc. Si l’arc est en tension permanente, il ne permettra pas à la flèche d’atteindre le mil ; il cassera tout simplement. Ça ne vous fait pas penser au burnout ?  grand mal du siècle, symptôme de la performance à tout prix.

Alors, non, je ne veux pas d’empowerment, je ne cherche pas à performer. La performance est un feu de paille, elle ne peut être qu’éphémère et c’est d’ailleurs souhaitable sinon elle casse la machine. Et quand j’ai vécu une situation difficile voire traumatique, je ne cherche pas la résilience -en physique, c’est la capacité d’un matériau à reprendre sa forme initiale après une surchauffe ou une surtension.

Quand j’ai mal, quand la vie me blesse, j’accepte que la cicatrice reste visible, je ne ferai pas de chirurgie réparatrice. J’accepte que la lumière passe à travers la fêlure, kintsugi salvateur. J’aime les traits de crayon qui ont servi à esquisser le chef d’œuvre et que l’on ne gomme pas car ils montrent l’effort, la douce patience. Je ne souhaite pas reprendre ma forme initiale puisque les expériences de vie façonnent, elles sculptent corps, cœurs et âmes. Elles font mal parfois, elles abîment mais elles font de nous des êtres vivants, de chair et d’os.

Et pour terminer l’évocation de ces allergies, ces mots qui piquent, j’ajouterais que je ne veux pas non plus de leadership. Je n’ai pas besoin d’exister plus fort que les autres, de briller car lorsque j’entends leadership, je vois des talons aiguilles bien acérés qui écrasent sur leur passage d’adorables petites colonies de fourmis industrieuses, des cigares à l’ancienne mode enfumant au propre et au figuré les salles de réunion, des cheveux blonds-blancs-jaunes à la mèche improbable peinant à masquer un regard sans expression.

Alors, quels sont mes mots baumes ?

J’ai envie de troquer l’empowerment contre la liberté. J’aime faire résonner la douce musique des « Et si… » plutôt que de serrer les dents et de me bloquer le dos. J’aime doser l’énergie dans ce que je fais. Je chéris les possibilités d’île, les estampes de rêves. J’ai besoin de liens authentiques, de ceux qui se laissent bercer par le temps que l’on prend car il en faut de la patience pour tisser la confiance, faire grandir la relation. Je ne rêverai jamais devant la maison plus grande, la voiture bunker, les vacances plus loin. Elle est là ma liberté, dans la simplicité. Elle vaut pour moi toutes les ailes du monde. Je ne veux pas performer, je veux essayer. Je ne veux pas performer, je veux contribuer humblement, je ne veux pas réussir dans la vie mais réussir ma vie. Une vie qui relie, sans trompettes ni fanfare. Je suis triste quand je vois des personnes autour de moi qui courent tout le temps, après plus d’argent, plus de biens. Et qui finissent par ne plus savoir après quoi elles courent mais sont grisées par la course.

Et puis, je troque performance contre essai et pourquoi pas contre nonchalance, allez osons ! Les nonchalants nous agacent ? Et si c’était eux en fait qui avaient tout compris dans notre monde qui tourne fou.

Et en face de résilience, je mettrais bien intégration -faire sienne une expérience douloureuse en la laissant se joindre à l’orchestre de nos vies au moins en mode mineur. Garder trace, transformer en glaise et se faire potier pour créer du neuf.

Enfin, je délaisse leadership pour présence à l’autre, cette capacité à écouter de tout son être pour percevoir la flamme d’humanité et de beauté en chacune et chacun même lorsqu’elle est tamisée par l’arrogance des blessures.

Mais laissons plutôt la parole à un grand poète..

J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté

Paul Eluard, dernière strophe de son magnifique poème « Liberté ».

C’est à toi ! proposition d’exercice :

Et toi, ça te dit de faire tes colonnes de mots qui piquent et de mots baumes ? Quel premier mot qui pique te vient en tête et quel mot baume écris-tu en face ? Et que ressens-tu après cet exercice ?

Bonus : et si tu écrivais quelques vers à partir d’un mot baume de ta liste ? Envie de le partager ? Je serai ravie de le savourer. Aussi, tu peux me l’envoyer : aurelie.debaudus@gmail.com