Mon chien est mort. Mort sur le coup, renversé par une voiture devant la maison tandis que j’ouvrais la porte à une amie. Je suis dévastée. Depuis quelques jours, j’entends encore ses pas dans l’escalier, je m’apprête à la sortir, lui donner ses croquettes…
Mon chien est mort. Il n’est pas parti, il ne nous a pas quittés. Il est mort. Nommons les choses. Pas besoin d’édulcorer. Cessons de mettre de l’Aspartam, ce succédané de sucre dans nos douleurs.
Non, je n’ai pas le droit de ressentir tant de tristesse ! « Ce n’était qu’un chien », diraient certains. J’ai traversé d’autres épreuves plus grandes et éprouvé des tristesses bien plus « justifiées ».
Et pourtant toute tristesse est légitime. Chaque émotion est digne d’être accueillie.
Du cœur de la tristesse, des petits éclats de joie jaillissent : les grandes balades presque quotidiennes d’une petite dizaine de kilomètres, les câlins, les jeux en famille avec Tips. Doux souvenirs lacérés par la culpabilité et sa litanie des « Et si »…
Car qui est responsable de ce départ si brutal ? Moi bien sûr car j’ai ouvert la porte ! Cette voiture qui a pris la fuite, mon chien qui reste normalement au pied…
« Ce n’était qu’un chien »… Mais la tristesse est bien là. Immensément lourde.
Il n’y a pas de petits et de grands chagrins mais des chagrins à accueillir, des chagrins qui sont justes, qui ont leur place quelle que soit leur origine puisqu’ils sont là. Car on ne gère pas ses émotions comme on gère un budget, des flux de marchandises. On ne gère pas ce qui est humain. On ne gère pas non plus des ressources humaines mais c’est un autre sujet… On accueille, on fait une place.
Certes, ce n’est pas toujours confortable d’ouvrir la porte à ses peurs, ses colères, ses tristesses. Et encore moins si ce sont des « émotions élastiques », c’est ainsi que l’Analyse transactionnelle nomme ces émotions qui font remonter d’autres émotions enfouies parfois plus intenses. Un élastique trop tendu peut vous sauter à la figure.
Alors pour éviter l’effet de la cocotte-minute si lourde que le joint de protection se rompt et qu’elle explose au pire moment devant des personnes qui n’ont rien demandé, accueillons nos petites et grandes émotions quelles qu’elles soient quand elles sont là pour notre bien-être et pour celui des autres. Accueillons notamment celles que l’on réprime, que l’on voudrait cacher sous l’oreiller, piétiner comme des mauvaises herbes. Plus je laisse la place à la tristesse quand elle est là, plus grande sera ma joie ensuite.
Osons partager nos contrariétés, nos chagrins petits et grands, nos colères, nos peurs. Osons d’abord entrer en amitié avec nos émotions. En un mot, osons la vulnérabilité. Car lorsque nous exprimons nos vulnérabilités, nous autorisons l’autre à le faire. Nous contribuons ainsi à développer des liens plus authentiques et cela fait du bien en cette nouvelle ère de l’IA ! N’ajoutons pas les émotions en toc à l’artifice de l’intelligence !
NB : j’ai écrit ce texte en février 25. Depuis, nous avons accueilli un nouveau compagnon.