Ces livres qui nous font du bien :

Ce que je vole à la nuit de Rebecca Benhamou, Harper Collins, collection traversée, 200 pages.

J’ai été tout de suite interpellée par la couverture et son illustration. Ce profil de Virginia Woolf dans sa posture la plus familière : assise, de profil, le regard triste et profond perdu vers un horizon mystérieux qui contient sur fond de fleurs -si chères à son cœur- on ne sait quelles pensées, créations imaginaires et aspirations.

Virginia, et son idéal si exigeant, qui a porté sa plume et sa création littéraire que l’on salue encore aujourd’hui. Virginia et son célèbre « I want everything ».

« Dans une chambre d’hôpital, dont les murs enveloppaient la toute jeune mère que j’étais, j’ai cru reconnaître les contours d’un vieux souvenir. Celui de Daniella, mon ancienne professeure de littérature, et des élèves que j’ai rencontrées dans sa classe au King’s College de Londres, 15 ans plus tôt.

A l’intérieur de cette pièce qui n’était jamais fermée à clé ; le temps ne s’écoulait plus tout à fait de la même manière. J’avais accueilli la venue de mon enfant, un ou deux jours plus tôt, et mon esprit s’obstinait à me renvoyer, sans que je comprenne pourquoi, à mes années étudiantes, comme si quelque chose de cette vie-là m’avait échappé, comme s’il fallait la revisiter à tout prix maintenant, même si le moment me paraissait si peu propice. La femme que je devenais dans cette chambre-chrysalide avait peut-être besoin d’une partie manquante d’elle-même, d’un fragment de la mosaïque, pour poursuivre sa métamorphose. »

Ainsi commence « Ce que je vole à la nuit ». Tout est planté dès cet incipit : ces fils qui se tissent entre la vie de Rebecca aux premières lueurs de sa maternité, ses années étudiantes et Virginia Woolf notamment au moment de l’écriture de A room of one’s own, Une chambre à soi, ce recueil féministe avant l’heure : pour exister au monde, la femme a besoin, avant tout, d’un espace bien à elle, ce qui était loin d’être courant à l’époque.

Un roman qui fait du bien porté par une écriture sensible et poétique. A mettre entre toutes les mains.

Pour celles qui se questionnent sur le temps qui passe.